Emission Voix Bouddhistes du 9 Décembre 2001
Le concept de dieu dans le bouddhisme

Invité : Dominique Trotignon

 

Dominique Trotignon
Dominique Trotignon - Photo : © UBF

 
 
 
 

Lorsque la question de Dieu est posée, les bouddhistes de toute école font souvent appel à l'exemple d'un homme blessé par une flèche : l'important n'est pas de savoir d'où vient la flèche, mais de soigner la blessure. La question des origines ainsi relativisée, les dieux sont pourtant bien présents dans le bouddhisme : que représentent-ils donc dans cette religion non-théiste ? C'est la question posée cette semaine à Dominique Trotignon, qui y répond en tant que spécialiste du bouddhisme ancien.

Dans l'interview réalisée pour le site, Dominique Trotignon situe cette réflexion dans le cadre plus général du rôle des concepts dans le bouddhisme et de l'articulation entre les symboles et leur interprétation. Il rappelle les différences entre le Dieu des religions monothéistes, les dieux du panthéon bouddhiste et les déités propres au bouddhisme tantrique. Il présente également l'Université Bouddhique Européenne (UBE) dont il est l'actuel président.


Retrouvez également en ligne les adresses de sites liés à l'émission de la semaine
ainsi que toute l'information sur les livres présentés cette semaine et des suggestions de lectures complémentaires.


La transcription de cette émission sera prochainement disponible.

 
 
 
Interview de Dominique Trotignon (*)
 
 

Les concepts sont justement ce que le bouddhisme met en cause comme origine même de notre souffrance et de notre insatisfaction.

 

Voix bouddhistes - A propos du concept de dieu dans le bouddhisme, avant de parler de dieu, on pourrait commencer par les concepts. Quelle est la place des "concepts" dans le bouddhisme ?

Dominique Trotignon - Pour répondre de manière très simple - et donc forcément un peu caricaturale... - on pourrait dire que les concepts sont justement ce que le bouddhisme met en cause comme origine même de notre souffrance et de notre insatisfaction. De cette manière, l'enseignement du Bouddha se présenterait comme un anti-platonisme radical !

Le terme même de concept pourrait tout à fait bien traduire le terme bouddhiste "samskâra", la "construction mentale", cette "étiquette" que nous surajoutons à la réalité "telle qu'elle est" et qui nous fait percevoir chaque phénomène comme "un", "indépendant" et "permanent", là où il n'y a que du "composé", "conditionné" et "temporaire"...

L'exemple traditionnel est la comparaison avec le "char" : celui-ci n'est qu'un assemblage de pièces de bois (roues, essieu, plancher, timon...) dont chacune, prise indépendamment des autres, n'est pas un "char" ; c'est l'ensemble composé, à un moment donné, dans des circonstances particulières, que nous appelons "char" ; et ce mot n'est qu'une désignation, une étiquette, un concept, une construction mentale. Or, le char évolue en permanence, ses différentes pièces s'usent, se détériorent, se brisent, se séparent... mais nous restons "attachés" à cette idée, cette notion purement intelectuelle et mentale, de "char" en soi - Platon dirait : "Idée" de char ! - qui devient un modèle auquel nous opposons la réalité, à travers lequel nous jugeons la réalité.

Il n'existe pas un "le char en soi" en dehors de notre cerveau... dans la réalité il n'existe qu' "un" char ou "des" chars" qui ne sont jamais tout à fait les mêmes et ne correspondent jamais tout à fait à cette "Idée". Et les mêmes éléments, assemblés différemment, "conditionnés" différemment, pourraient donner quelque chose de très différent d'un char - une sculpture moderne, par exemple !

 
       
       
       
       

Les concepts présentent davantage de danger quand ils s'appliquent à des personnes, en particulier à soi-même.

S'attacher à l'idée qu'on a de soi-même fera qu'on refusera toute évolution qui entrerait en contradiction avec notre idée.

 

Voix bouddhistes - Parmi les "objets" conceptualisés, le bouddhisme met l'accent sur le soi...

Dominique Trotignon - Vis-à-vis d'un objet matériel, en effet, le concept ne présente pas trop de danger - même si ce danger existe...! Mais il en va tout autrement quand le même principe s'applique à des personnes et, en particulier, à soi-même !!

S'attacher à l'idée qu'on a d'une personne ou de soi-même fera qu'on refusera toute évolution, toute modification (maladie, vieillesse, mort...) qui entrerait en contradiction avec notre idée, qui la "mettrait en danger". Or la réalité d'une personne ne correspond jamais à l'idée qu'on s'en est fait.

Aussi, lorsque les circonstances évoluent, lorsque les personnes ou moi-même évoluons, il y a contradiction entre la réalité et l'idée. D'où l'apparition inévitable de l'insatisfaction et de la souffrance.

 
       
       
       
       

L'analyse sera la même pour le "concept de dieu" : ce n'est qu'une étiquette qui correspond à une certaine manière de vivre ou d'être. On pourrait presque considérer ce terme de "dieu" comme un "type psychologique".

 

Voix bouddhistes - Comment en arrive-t-on au concept de dieu ?

Dominique Trotignon - Il faut bien comprendre que l'analyse sera la même pour le "concept de dieu" : ce n'est qu'une étiquette qui correspond à une certaine manière de vivre ou d'être, à un moment donné, dans des circonstances particulières. C'est pourquoi on ne parle pas de "nature" de dieu mais "d'état d'existence" divin ! On pourrait presque considérer ce terme de "dieu" comme un "type psychologique" : dans certaines circonstances, un être voit la réalité à travers certains "filtres", essentiellement mentaux, il manifeste une sorte d'auto-satisfaction et d'orgueil démesurés, il pense pouvoir se suffire à lui-même, il voit le monde (les choses ou les personnes) comme le "servant" en toutes occasions, comme sa propre création... Voilà ce qu'est un "dieu" !

La réalité ne correspond sans doute absolument pas à sa "vision" mais, lui, y croit "dur comme fer" ! Il est persuadé d'être un "dieu"... mais cette idée, ce "concept" qu'il s'applique à lui-même, n'aura qu'un temps : un jour viendra la désillusion, l'insatisfaction face aux événements réels, qui mettront en doute cette "réalité" qu'il s'est construite, et il souffrira ! Il abandonnera alors son "état de dieu" pour connaître un autre "état" : humain, animal, infernal... en fonction de ses nouvelles "constructions mentales", des nouveaux concepts qu'il développera.

 
       
       
       
       
Le Grand Brahma (que les Indiens considèrent comme le créateur) est présenté comme celui "qui se croit" créateur : il est la victime de l'Illusion commune à tous les êtres.  

Voix bouddhistes - Le concept de dieu dont il est question ici n'a donc rien d'absolu. Il s'agit plutôt "des dieux" que "de Dieu" au sens des religions monothéistes ?

Dominique Trotignon - Dans l'absolu, pour le bouddhisme, aucun concept n'est valide. Ce n'est que dans le cadre de notre réalité, dite "relative", faite de relations, et donc aussi de communication... que les concepts peuvent avoir une utilité. Le bouddhisme ne nie pas cette "utilité" des concepts dans la vie quotidienne ; lui-même les utilise dans l'enseignement, fait de mots et de notions. Mais il ne faut pas croire qu'il s'agit de la réalité "telle qu'elle est", c'est juste une affaire de "convention", rien de plus. On distingue d'ailleurs le "langage conventionnel" (où l'on utilise "moi", "je") et le "langage ultime" (où l'on parlera de" non-moi" et "non-soi").

En ce qui concerne Dieu (avec une majuscule), il faudrait d'abord disposer d'une définition exacte et stricte de ce terme, tel que l'emploient les religions monothéistes... S'agit-il d'un nom (d'une "étiquette"...) utilisé pour désigner un Absolu personnel ? S'agit-il d'un Dieu-créateur ? S'agit-il du Dieu avec lequel on entre en relation d'amour ? Selon les cas, la position du bouddhisme pourra varier... De manière générale, il refusera ces définitions, mais pour des raisons parfois différentes !

La première critique pourra porter, justement, sur le fait que "Dieu" est déjà, "en soi", une réalité complexe étiquettée d'un seul mot... En ce sens, au niveau du vocabulaire lui-même, c'est déjà un "samskâra", une "composition" !

Un Dieu, "absolu personnel", pour le bouddhisme, présentera une contradiction interne : une personne n'est jamais qu'un composé de divers éléments, physiques et mentaux. Il ne pourra donc jamais s'agir d'un absolu, mais seulement d'un relatif.

Un Dieu "créateur" ? Le tout premier texte du canon est sans appel à ce sujet... Le Grand Brahma (que les Indiens considèrent comme le créateur) est présenté comme celui "qui se croit" créateur : il est la victime de l'Illusion commune à tous les êtres ! De plus, le bouddhisme refuse l'idée qu'il puisse exister une "cause première unique" - je ne peux malheureusement pas rentrer ici dans le détail de ce refus...

Un Dieu avec lequel on entre en relation ? S'il y a relation, nous sommes encore dans le relatif et pas dans l'absolu !

On le voit : l'idée même d'un "Dieu personnel absolu" se révèle assez incompatible avec l'enseignement bouddhiste...

 
       
       
       
       

Quand on parle de "mondes" de renaissance, au sens physique et matériel, c'est du langage conventionnel.

Quand on parle de "domaines" ou "d'états d'existence", c'est un langage qui s'adresse à des disciples "instruits".

Le principe est toujours le même... mais il est présenté différemment en fonction des capacités de compréhension de chacun, dans le cadre de l'enseignement graduel.

Si les auteurs modernes insistent tout particulièrement sur une lecture psychologique, c'est parce que l'Occident moderne a développé la psychologie et la psychanalyse, et que cela peut faciliter la compréhension du phénomène, plus que l'interprétation "traditionnelle".

 

Voix bouddhistes - En tant que spécialiste du bouddhisme ancien, lors de cette émission, tu as principalement abordé le monde des dieux dans le contexte des différents "mondes", tels qu'ils sont traditionnellement représentés dans la roue de la vie. Tu as également mentionné l'interprétation plus psychologique qui peut être faite de ces mondes. Cette distinction entre symboles et interprétation est-elle explicitement présente dans le bouddhisme ancien ? Ou au contraire s'agit-il d'un phénomène plus récent ?

Dominique Trotignon - Il faut bien comprendre que ces mondes n'existent que par "l'interprétation psychologique" que l'individu fait du Monde "tel qu'il est". Pour prendre un exemple trivial : un billet de 500 francs (qui existe bien en réalité...) ne "représentera" pas la même chose pour quelqu'un qui gagne 5.000 francs par mois (un "fantôme affamé" pour lequel un bien matériel est extrêmement précieux) et pour quelqu'un qui gagne 500.000 francs par mois (un "dieu" pour qui le matériel est "accessoire") ! Dans le monde des "fantômes affamés", un billet de 500 francs sera l'occasion d'une souffrance incommensurable si l'être en question ne peut pas se l'approprier... dans un monde "divin", dans lequel le plaisir est essentiellement mental, un billet de 500 francs ne représentera rien ou pas grand chose et ne sera donc pas une occasion de souffrance.

D'autre part, il est toujours extrêmement difficile de lire correctement les textes car ceux-ci varient selon qu'ils s'adressent à des laïcs ou des moines, mais aussi selon qu'on utilise le langage "conventionnel" (celui du quotidien) ou le langage "ultime" (celui qui considère la réalité "telle qu'elle est").

L'enseignement bouddhiste indien (ce sera très différent dans les écoles chinoises...) est toujours un enseignement progressif, "graduel", qui amène les disciples, petit à petit, par étapes, à prendre conscience des différents niveaux de réalité et des différents niveaux de langage qui leur sont associés.

Dans le contexte de l'Inde ancienne, où l'on "croyait" à l'existence réelle de "mondes" différents - au sens physique et matériel - c'est plutôt sur cet aspect que l'enseignement insistait... mais seulement lorsqu'il s'adressait à des laïcs, qu'on appelle alors des "êtres non instruits" (dans la Doctrine du Bouddha).

En revanche, lorsque l'enseignement s'adresse à des moines (les bhikkhus), qui sont "instruits", qui ont déjà dépassé cette vision "matérielle", qui ont déjà compris, selon la formule du Dhammapada, que "La pensée préside aux choses ; pour l'essentiel, elles sont pensée, faites de pensée" (première stance !), de tels "mondes" ne sont considérés que comme des "projections de l'esprit", des "constructions mentales".

Quand on parle de "mondes" de renaissance, au sens physique et matériel, c'est du langage conventionnel pour des gens ordinaires ; quand on parle de "domaines" ou "d'états d'existence", c'est un langage qui s'adresse à des disciples "instruits".

Le principe est toujours le même... mais il est présenté différemment en fonction des capacités de compréhension de chacun, de leur "éducation" et de leur culture, dans le cadre de l'enseignement graduel.

Si les auteurs modernes insistent tout particulièrement sur une lecture psychologique, c'est parce que l'Occident moderne a développé la psychologie et la psychanalyse, et que cela peut faciliter la compréhension du phénomène, plus que l'interprétation "traditionnelle". C'est une "lecture", un "moyen habile", utilisé en fonction des auditeurs et des moyens de compréhension qu'ils ont à leur disposition, de leurs propres "constructions mentales", de leur culture et de leur éducation... La même adaptation s'est produite en Chine, dès le début de l'ère chrétienne.


Certains sujets, extrêmement développés dans le bouddhisme indien, sont totalement absents du bouddhisme chinois. Par exemple, on y parle beaucoup des Enfers, mais très peu des autres "mondes"... L'Enfer, quelle que soit la civilisation, est un symbole courant de la souffrance extrême. Mais le principe de renaissance cyclique, à travers divers "mondes" différents, était tout à fait incompatible avec la tradition chinoise, et donc incompréhensible ! Les auteurs chinois n'en parlent quasiment jamais...

 
       
       
       
       
Quand certains disciples vénèrent le Bouddha à l'égal d'un Dieu - qui pourrait les aider par l'intermédiaire d'une "grâce" ou par des "miracles" - le bouddhisme considère qu'il s'agit d'une pratique des "êtres non-instruits". Il le "tolère"...  

Voix bouddhistes - Ne voit-on pas parfois poindre une tendance théiste dans certains cultes bouddhistes locaux ? Comment ces cultes à tendance théiste sont-ils compatibles avec le message de base du Bouddha ?

Dominique Trotignon - Il y aurait beaucoup à dire... Disons simplement qu'il faut distinguer ici deux aspects : le culte aux "dieux" et le culte au Bouddha, comme si celui-ci était un dieu.

Dans le cas du culte aux "dieux", le bouddhisme considère qu'il s'agit d'une pratique des "êtres non-instruits". Il le "tolère"... Si cela ne crée pas de souffrance, pourquoi pas ! Mais cela n'a aucun rapport avec son enseignement.

Dans le cas du culte au Bouddha lui-même, il s'agit généralement d'un "hommage" plus que d'un culte. On vénère celui qui a transmis l'enseignement, comme on peut vénérer, en Occident, un Socrate... ou rendre hommage aux "morts pour la patrie" ! Il s'agit de reconnaître l'importance de l'homme pour ce qu'il a apporté à la communauté ou à l'humanité.

Quand les disciples "non-instruits" vénèrent le Bouddha à l'égal d'un Dieu - qui pourrait les aider par l'intermédiaire d'une "grâce" ou par des "miracles" - là encore il s'agira d'une "tolérance"... Un tel culte permettra au moins à ces disciples de pratiquer le détachement matériel par le don, de développer aussi une certaine "confiance" vis-à-vis du Bouddha. Au moins auront-ils développé des "pensées de joie"... ce qui est déjà une manière de pratiquer le tout début de l'enseignement graduel !

Cela peut paraître extrêmement cynique, mais c'est surtout très pragmatique !! Tout le monde n'a pas envie de devenir Bouddha... Et il faut prendre chacun "où il est", avec ses qualités et ses défauts. On ne peut forcer personne à devenir Bouddha, ce doit être un cheminement personnel. Si une personne n'est pas prête à entendre l'enseignement, il faut déjà faire en sorte que sa souffrance diminue, afin qu'elle puisse aller plus loin dans sa réflexion, par elle-même.

 
       
       
       
       
Les déités du bouddhisme tantrique ne sont jamais considérées comme des entités subtantielles existant "en soi"... Elles sont un "outil" de pratique.  

Voix bouddhistes - Sans approfondir le sujet, mais pour poser le contexte, il faut peut-être rappeler brièvement que certaines formes plus tardives de bouddhisme utilisent des "déités" de méditation. S'agit-il du même "concept" de dieu ?

Dominique Trotignon - Les déités (notamment dans le bouddhisme tantrique) ne sont jamais considérées comme des entités subtantielles existant "en soi"... Elles sont un "outil" de pratique qui relève de la réalité relative, que le méditant est invité à "construire"... puis à "dé-construire" ! D'une certaine manière, il s'agit bien d'un concept proche, sinon du même concept.

Mais, dans ce domaine, je ne peux que renvoyer au livre de Fabrice Midal, "Mythes et dieux tibétains", paru dans la collection "Points Sagesses" aux éditions du Seuil. Ses explications y sont tout à fait éclairantes...

Voix bouddhistes - On a finalement à peine effloré le sujet, et cette "typologie" des dieux dans le bouddhisme, quand on considère les différentes écoles, est extrêmement riche. Que recommanderais-tu comme ressource à ceux qui souhaiteraient approdondir le sujet ?

Dominique Trotignon - Autant il pourra exister des livres traitant exclusivement des "dieux" dans le bouddhisme tantrique, tibétain par exemple, autant le sujet n'a pas été traité en tant que tel à propos du bouddhisme ancien. Ce n'est qu'un aspect de l'enseignement, parmi d'autres, mais indissociable du reste de l'enseignement... on le trouvera donc traité dans tous les livres, ne serait-ce qu'un peu !

 
       
       
       
       

L'Université Bouddhique Européenne (UBE) regroupe des enseignants d'écoles différentes qui sont à la fois des chercheurs et des pratiquants : Theravâda, Vajrayâna, Terre Pure et Zen.

Le domaine d'enseignement de l'UBE n'est pas celui de la pratique (notamment la "méditation") mais celui de l'étude.

Les différents cursus proposés présentent comment chaque école s'est "adaptée", a fait évoluer l'enseignement.

De cette manière, on peut être plus attentif à ses propres "interprétations" de l'enseignement bouddhiste, quelle que soit l'école à travers laquelle on l'a connu ou pratiqué.

 

Voix bouddhistes - J'en profite pour te demander brièvement de présenter l'UBE dont tu es l'actuel président.

Dominique Trotignon - L'Université Bouddhique Européenne a été créée, il y a cinq ans, justement pour permettre aux Occidentaux de prendre conscience de l'importance de la culture et de l'influence qu'elle peut avoir sur notre compréhension du bouddhisme !

On pourrait dire que tout l'enseignement bouddhiste est un travail sur nos "constructions mentales", nos habitudes de pensée. Nous découvrons cet enseignement, aujourd'hui, à travers des traditions de culture indienne ou chinoise (et japonaise), qui ont développé un enseignement, un langage et des pratiques, adaptés au public auquel elles s'adressaient. Chacune de ces traditions reprend à son compte le message "universel" du Bouddha, mais l'adapte et l'a adapté, à travers les siècles, aux caractéristiques propres à chaque peuple, à chaque époque. C'est pour cette raison qu'il existe tant d'écoles différentes...

Il est nécessaire d'avoir un minimum de recul, de connaissance des circonstances géographiques et historiques (même au sein d'une même école d'un seul pays, car chacune d'elle a évolué...), pour bien comprendre ce que dit le bouddhisme et pourquoi il le dit de telle manière.

Le bouddhisme n'est pas un "savoir" qu'on pourrait ingurgiter tel quel, une "vérité" qu'on peut faire sienne ; il est une pédagogie de l'action, de la pratique. On peut apprendre à fabriquer des échafaudages aussi bien en Chine qu'en Occident, mais dans un cas ce sera en chinois et avec des bambous, dans l'autre en français ou en anglais avec des tiges métalliques... Comment pourrait-on bien apprendre à construire un échafaudage en Chine, sans connaître le chinois (le langage) et les caractéristiques propres au bambou (les "constructions mentales" de base) ??

C'est pour cette raison que l'Université Bouddhique Européenne regroupe des enseignants de plusieurs écoles différentes (Theravâda, Vajrayâna, Terre Pure et Zen, qui sont les quatre principales écoles présentes en Occident) qui sont à la fois des chercheurs - connaissant le contexte culturel, géographique et historique - mais aussi des pratiquants - qui ont eux-mêmes expérimenté "l'efficacité" de telle ou telle présentation pédagogique, qui en ont compris (au moins en partie... ils ne sont pas des Bouddhas !!) le fonctionnement et la cohérence internes de chacun de ces enseignements.

Les différents cursus que nous proposons n'isolent jamais une école de son contexte et de l'environnement général dans lequel le bouddhisme s'est développé. Ils présentent au contraire comment chaque école s'est "adaptée", a fait évoluer et a présenté l'enseignement, la "pédagogie" bouddhiste, en fonction des circonstances. Et, à travers cette présentation synthétique et comparative, ce sont aussi nos propres schémas de pensée, nos propres "constructions mentales de base" d'Occidentaux que nous pouvons découvrir.

De cette manière, on peut être plus attentif à ses propres "interprétations" de l'enseignement bouddhiste, quelle que soit l'école à travers laquelle on l'a connu ou pratiqué, ou même simplement si l'on ne fait que s'y intéresser d'un point de vue purement intellectuel.

Notre domaine d'enseignement n'est donc pas celui de la pratique (notamment la "méditation") mais celui de l'étude, "préparatoire" ou "accompagnatrice" ! Notre vocation est d'être des "déblayeurs" d'idées toutes faites ou d'idées fausses... Et cela peut concerner aussi bien de simples curieux, des débutants ou des personnes qui souhaitent s'engager dans une pratique bouddhiste, que des pratiquants déjà confirmés.

Car on n'est jamais à l'abri de nouvelles "constructions mentales" !!

 
       
       
       
(*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France
 
 
 
 
Adresses de sites liés à l'émission de la semaine
     
     
 

Site de l'Université Bouddhique Européenne (UBE)
http://www.bouddhisme-universite.org/

Institut d'étude et d'enseignement indépendant, l'Université Bouddhique Européenne a été créée en 1995 pour offrir à un large public un accès fiable et complet aux enseignements du Bouddha.

Elle propose un cursus d'études sur deux ans, élaboré par ses membres, auquel participe de nombreux intervenants extérieurs, universitaires ou enseignants bouddhistes issus des principales écoles présentes aujourd'hui en France et en Europe.

  • L'UBE est un lieu d'échanges, ouvert à tous ceux qui, dans le respect de chacun, veulent apporter leur contribution à une meilleure connaissance du bouddhisme : universitaires, enseignants, pratiquants...
  • L'UBE est un lieu de rencontre et de dialogue. Elle favorise les travaux de recherche et de réflexion, les rencontres internationales ainsi que la publication d'ouvrages et d'articles.
  • L'UBE permet d'apprécier les évolutions que les enseignements du Bouddha ont connu dans leur présentation ainsi que la pertinence de leur message dans notre monde contemporain.
  • L'UBE n'est pas un lieu de pratique religieuse ni un centre où l'on enseigne la méditation.
Coordonnées : 61 Av de la République, 92120 Montrouge, 01 46 55 33 19, email : ube@club-internet.fr
 
     
     
     
 

Cours en ligne de l'UBE - Introduction au bouddhisme
http://www.bouddhisme-universite.org/universite/programme/cours-en-ligne/programme-internet.html

Pour la première fois, un cours général sur le bouddhisme est disponible en français, sur Internet.

Que vous soyez un néophyte ou que vous ayez déjà une connaissance ou une pratique du bouddhisme, vous pouvez vous sentir désemparé de ne pouvoir trouver des interlocuteurs qualifiés ou vous trouver dans l'impossibilité d'assister à des cours.

L'Université Bouddhique Européenne, pour la première fois, met à votre disposition un cours en ligne d'introduction au bouddhisme en français, permettant d'accéder de manière interactive aux contributions d'universitaires et de chercheurs, compétents et reconnus.

Ce cours vous permettra d'approfondir vos connaissances et de développer votre réflexion, en contact régulier avec les enseignants de l'UBE. Spécialistes des principales écoles bouddhistes présentes en Europe, ceux-ci vous aideront à comprendre les différents aspects et courants du bouddhisme, ainsi que leurs évolutions, dans le respect de la vocation oecuménique de l'UBE.

Tout au long de l'année universitaire, un matériel pédagogique diversifié vous accompagnera dans votre apprentissage et facilitera votre participation à un forum d'échange avec les enseignants.

 
     
     
     
 

Bouddhisme, Droits de l'Homme
Le rôle du sangha bouddhiste dans la société française

http://www.bouddhisme-universite.org/rencontre.htm

Le bouddhisme est, aujourd'hui, volontiers associé aux Droits de l'Homme.

Ce paradigme universel, né en Occident, est-il pensable dans le cadre de la Doctrine bouddhique ?
Est-il applicable au sein de la pratique bouddhique ?

Des bouddhistes occidentaux - juristes, philosophes et chercheurs - exposeront leurs questionnements
et leurs réflexions sur les deux aspects, théorique et pratique, de cette rencontre entre bouddhisme et Occident.

A travers ce débat, c'est la place même du sangha bouddhiste dans la société française qui se trouve posée : quel rôle les bouddhistes de France entendent-ils jouer dans une société de droit, laïque et républicaine ?

Rencontre-débat avec la participation de : Stéphane Arguillère, Françoise Bonardel, Arnaud Dotézac
Jean-Michel Halit, Raphaël Liogier et Eric Rommeluère. Les débats seront animés par Jean-Paul Ribes, journaliste.

Samedi 5 et dimanche 6 janvier 2002, de 15 h à 18 h le samedi ; de 10 h à 13 h et de 15 h à 18 h le dimanche.

Au "Forum", 102bis rue de Vaugirard 75006 Paris, M° Montparnasse.

 
     
     
     
     

Information sur les livres présentés lors de cette émission

Les ouvrages mentionnés peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé.
Il suffit d'activer le lien correspondant.

 
 

Les entretiens du Bouddha
Môhan Wijayaratna
Points Sagesse

 

 

Dans l'histoire de l'humanité, le Bouddha se présente assurément comme l'un des plus grands communicateurs : pendant quarante-cinq ans, il s'est adressé à de multitudes de personnes, dans le bassin moyen du Gange. Les rapports canoniques concernant ses entretiens comptent des milliers de pages rédigées en langue palie - d'où sont extraits les vingt et un textes de cette anthologie. À partir de ces discussions avec des interlocuteurs de toute provenance, on peut facilement déceler la doctrine initiale du Bouddha et les enseignements fondamentaux y sont présentés de façon assez cohérente. Établis dès le IIIème siècle avant notre ère, ces textes fournissent un inestimable outil de travail pour développer une connaissance théorique exacte du message bouddhique, dans sa radicalité et sa modernité.

Môhan Wijayaratna - Auteur de nombreux ouvrages sur les divers aspects du bouddhisme, anthropologue, expert en pàli et en sanskrit, a travaillé pendant de nombreuses années sous la direction du professeur André Bareau (1921-1993) du Collège de France. Aujourd'hui, il est considéré comme l'un des grands spécialistes du bouddhisme ancien et moderne.

Commander cet ouvrage

Les entretiens du Bouddha
 
 
 

L'enseignement du Bouddha
d'après les textes les plus anciens

Walpola Rahula - Préface de Paul Demiéville
Points Sagesse

 

"Le révérend Rahula a reçu selon toutes les règles la formation traditionnelle d'un moine bouddhiste à Ceylan et revêtu d'éminentes fonctions dans un des principaux instituts conventuels (Pirivena) de cette île où la Bonne Loi fleurit depuis le temps d'Asoka et a conservé jusqu'à nos jours toute sa vitalité.

Le livre qu'il a bien voulu me demander de présenter au public occidental est un exposé lumineux et accessible à tous des principes fondamentaux de la doctrine bouddhique, tels qu'on les trouve dans les textes les plus anciens, ceux qu'on appelle en sanscrit " la Tradition " (Agana) et en pali " le Corpus canonique " (Nikaya), et auxquels le révérend Rahula, qui en possède une connaissance incomparable, se réfère constamment et à peu près exclusivement."

Commander cet ouvrage

L'enseignement du Bouddha
 
 
 

Publications de l'Université Bouddhique Européenne (UBE)

 

De nombreux documents sont disponibles sur le site de l'UBE.

La lettre de l'UBE

La "Lettre de l'UBE" est un périodique (5 numéros par an) qui entend pleinement participer aux objectifs de formation et d'information des adhérents de l'UBE.

Outre des informations sur la vie de l'association elle-même, elle propose des comptes-rendus de livres ; des articles en rapport avec le programme de l'année ou en relation avec des événements liés au bouddhisme, en France et dans le monde ; une sélection d'événements proposés par des associations culturelles ou des centres bouddhistes.

Programme 2001-2002 de l'Université Bouddhique Européenne

    L'Université Bouddhique Européenne vous propose :

    • des cycles de cours sur l'année dispensés à Paris, le week-end, au "Forum" (102bis rue de Vaugirard 75006 Paris, M° Montparnasse),
    • un cours "en ligne" sur Internet,
    • des stages (journée, week-end, semaine) dispensés à Paris (même adresse que pour les cours) ou en province (pour l'année 2001-02 : à Aix-en-Provence).

      Ces cours et stages, animés par des enseignants bouddhistes et/ou des universitaires, privilégient le dialogue entre les différentes traditions bouddhistes. Ils permettent d'initier ou d'approfondir la connaissance et la compréhension des enseignements et de l'histoire des communautés bouddhistes, en Asie et en Europe.

Site de l'Université Bouddhique Européenne (UBE)

La lettre de l'UBE

Programme de l'UBE

 
 
 
Lectures complémentaires
 
 
 

Mythes et dieux tibétains
Fabrice Midal
Points Sagesse

 

"Héritier du bouddhisme indien, auquel il a joint la tradition locale, le bouddhisme tibétain offre un visage du divin d'une grande richesse souvent complexe. Il a pensé sa nature de manière très subtile, pour lui les dieux n'existent pas indépendamment de la relation que nous entretenons avec eux.

Fidèle à cette perspective, l'auteur nous décrit l'ensemble du panthéon bouddhiste : bouddhas, bodhisattvas, yidams, dharmapalas, dévas et autres divinités. En montrant que cette tradition est toujours vivante, Fabrice Midal présente aussi les manières d'entrer en relation avec ce panthéon, tout particulièrement par le rapport au maître qui ouvre la voie d'une relation authentique et traditionnelle.

Le bouddhisme tibétain donne la possibilité à l'individu de retrouver le chemin de la présence des dieux, non par l'adhésion à une série de dogmes, mais en prenant les moyens d'examiner avec précision sa propre expérience - et d'en découvrir le caractère illimité."

Fabrice Midal - Né en 1967, il est l'auteur de "La pratique de l'éveil de Tilopa à Trungpa", publié dans la même collection. Parallèlement à l'étude de la philosophie, il s'est consacré à la pratique et à l'étude de la spiritualité du bouddhisme tibétain. Il vit à Paris. Il est également plasticien.

Commander cet ouvrage

Mythes et dieux tibétains
 
 
 

Les dieux du bouddhisme
Guide iconographique

Louis Frédéric
Flammarion


 

Ce guide, le premier du genre, recense et identifie quelque trois mille divinités du bouddhisme ayant fait l'objet de représentations en Inde, à Ceylan, en Asie du Sud-Est, au Tibet, en Chine, en Corée et au Japon. Elles sont présentées selon l'ordre traditionnel bouddhique qui les classe en groupe selon leur importance.

L'ouvrage s'ouvre sur une brève histoire du bouddhisme, suivie d'un chapitre consacré à l'évolution de ses manifestations artistiques puis d'une description des " accessoires " particuliers aux divinités - postures (âsana), mouvements des mains (mudrâ), auréoles, attributs, etc. - qui, souvent, permettent leur identification.

Chacun des chapitres suivants est consacré à un groupe de divinités - le Bouddha et les bouddha, les Bodhisattva, les dieux ordinaires, etc. -, décrites sous leur nom traditionnel (avec leurs transcriptions dans les différentes langues asiatiques) et leurs divers aspects religieux, populaires ou locaux. Suit un historique des représentations, ainsi que les rites de vénération et les légendes les concernant.

L'ouvrage s'achève par une bibliographie, des tables de concordance des noms de divinités (sanskrit, japonais, chinois) avec leurs caractères idéographiques, et un index.

600 illustrations en noir, 32 planches hors texte en couleur.

Commander cet ouvrage

Les dieux du bouddhisme
 
 
 
© Union Bouddhiste de France 2001