Emission Voix Bouddhistes du 4 Novembre 2001
Le Bouddha et sa qualité d'omniscience

Invité : Vénérable Dhammaratana

 

Vén. Dhammaratana
Vén. Dhammaratana - Photo : © Ph. Lelluch

 
 
 
 

Les textes canoniques mentionnent les nombreuses qualités des bouddhas. Lors de l'émission du 6 juin dernier, Véronique Crombé a plus précisément détaillé les qualités physiques, à travers les trente-deux marques majeures du corps d'un bouddha. Cette semaine, le Vénérable Dhammaratana, moine dans la tradition du theravada, chercheur à l'Unesco et à la Sorbonne, et secrétaire général de la congrégation bouddhique Linh Sonh, aborde plus précisément l'omniscience, attribut exclusif des parfaits bouddhas selon le theravada.

Dans l'interview réalisée pour le site, il précise notamment ce que la tradition theravada appelle parfait bouddha, en revenant sur les termes d'arhat, de bodhisattva, de sravaka et de pratyekabuddha.


Retrouvez également en ligne toute l'information sur les livres présentés cette semaine.


La transcription de cette émission sera prochainement disponible.

 
 
 
 
Interview du Vénérable Dhammaratana (*)
 
 

Le Bouddha lui-même n'a jamais dit qu'il était omniscient.

En tant que bouddhistes, nous croyons que "tout connaître" veut dire connaître les quatre nobles vérités.

 

Voix bouddhistes - Qu'entend-on exactement par omniscience quand on parle de l'omniscience du Bouddha ?

Vén. Dhammaratana - Un être omniscient c'est quelqu'un qui connaît tout dans cet univers, qu'il s'agisse du monde relatif ou du monde absolu.

Dans les textes canoniques, le Tipitaka pali, parmi les épithètes utilisés pour décrire les qualités du Bouddha, on trouve des épithètes disant que le Bouddha est " Sabbannu ", ce qui veut dire qu'il connaît tout, et " Sabba dassavi ", ce qui veut dire qu'il voit tout. C'est pourquoi nous disons que le Bouddha est omniscient.

Le Bouddha lui-même n'a jamais dit qu'il était omniscient. Pourquoi ne le dit-il pas ? Parce que son but n'est pas de faire quelque publicité que ce soit, mais de libérer les êtres du samsara.

Lorsqu'il rencontre les représentants d'autres religions (62 traditions religieuses sont mentionnées), tous disent qu'ils sont omniscients. Mais comment une personne peut-elle elle-même savoir qu'elle est omnisciente ? C'est la raison pour laquelle le Bouddha a critiqué leur point de vue. Je ne crois pas du tout que ceux qui se prétendent omniscients le soient le moins du monde. Ces gens ne voient le monde qu'avec un seul œil.

Alors que lorsque des gens viennent le voir et lui demandent s'il est omniscient, le Bouddha répond simplement : " Je peux voir le passé, je peux voir le présent, je peux voir le futur. " Ce qui signifie certes qu'il connaissait tout, mais ce qu'il a compris, ce sont les quatre nobles vérités. En tant que bouddhistes, nous croyons que tout connaître veut dire connaître les quatre nobles vérités. Les quatre nobles vérités englobent tout.

 
       
       
       
       
Tout ce qui peut être compris du monde humain, le Bouddha l'avait compris. C'est cela l'omniscience.  

Voix bouddhistes - Ca ne veut donc pas dire, par exemple, qu'il connaissait toutes les sciences ?

Vén. Dhammaratana - Connaître les sciences, ce n'est pas important. L'important, c'est sa mission. Cette mission est de comprendre comment atteindre la libération. Il l'a réalisée et il l'a vécue. C'est pourquoi nous disons qu'il est omniscient.

Voix bouddhistes - Peut-on faire le lien avec les paroles du Dalaï-Lama, lorsqu'il dit à propos de réincarnation que si l'on veut connaître le passé, il suffit de connaître le présent, et que si l'on veut connaître le futur, il suffit de connaître le présent ?

Vén. Dhammaratana - C'est juste. Il y a d'ailleurs un texte qui s'appelle l'Anagata vamsa. Anagata signifie futur, il s'agit donc de ce qui va se passer dans le futur.

Voix bouddhistes - Quelles sont les autres qualités du Bouddha mentionnées dans la tradition qui indiquent également son caractère omniscient ?

Vén. Dhammaratana - Il a les yeux divins, les oreilles divines. Il peut voir tout l'univers, il peut sonder le cœur et l'esprit des gens, il peut voir leurs vies antérieurs, il peut voir ce vers quoi ils se dirigent. Pour tous les êtres.

Ces caractéristiques particulières n'existent que chez une personne qui a transcendé le niveau humain. Et tout ce qui pouvait être compris du niveau humain, du monde humain, il l'avait compris. C'est cela l'omniscience.

 
       
       
       
       

Dans la tradition theravada, on ne dit pas qu'il est nécessaire de devenir un bodhisattva pour devenir un bouddha. On peut atteindre l'éveil en devenant un arhat, un bodhisattva, un pratyekabuddha, ou même un sravaka.

 

Voix bouddhistes - Tout pratiquant bouddhiste souhaite atteindre l'éveil. Peut-on pour autant dire que tout pratiquant deviendra un bouddha, et qu'à ce titre il est également appelé à atteindre l'omniscience ?

Vén. Dhammaratana - Pour répondre à cette question, il faut d'abord préciser les choses. Dans le bouddhisme theravada, on ne dit pas que tous les êtres deviendront un bouddha, contrairement au bouddhisme mahayana, avec le concept du bodhisattva.

Le Bouddha lui-même n'a jamais donné aucun sermon au sujet du bodhisattva. Il dit simplement dans certains sermons : " J'étais ceci lorsque j'étais un bodhisattva. J'ai fait telle chose, j'ai rencontré telle personne… C'est la raison pour laquelle aujourd'hui je suis un bouddha. " Autrement dit il fait référence au bodhisattva.

Selon la tradition mahayana, tout le monde a la nature de bouddha, chacun peut un jour devenir un bouddha, et doit pour cela réaliser l'idéal du bodhisattva, qui est de travailler au bien de tous les êtres et ultimement à leur libération.

Mais dans la tradition theravada, on dit qu'il n'est pas nécessaire de devenir un bodhisattva pour devenir un bouddha. Vous pouvez devenir un arahant (sanskrit arhat), ce qui veut dire que vous réalisez les quatre nobles vérités et que vous atteignez l'éveil. Vous pouvez devenir un bodhisattva, ce qui veut dire que vous avez atteint l'éveil et que vous prenez la résolution de travailler pour les gens. Et vous pouvez devenir un pratyekabuddha, c'est à dire un bouddha individuel.

Un pratyekabuddha, c'est aussi un être éveillé, mais il n'a pas la perfection du Bouddha. Devenir un bouddha parfait, c'est atteindre la position suprême, non seulement pour le monde humain, mais pour l'univers entier, y compris le monde des divinités.

Le terme sravaka désigne un noble disciple du Bouddha. Dans la tradition theravada, il est dit que même les sravaka peut devenir un bouddha après avoir entendu l'enseignement du Bouddha.

On peut donc atteindre l'éveil en étant un sravaka, un arahant, un pratyekabuddha ou un sammasambuddha, un bouddha parfaitement éveillé. Mais selon ma compréhension, aucun n'est égoïste, chacun a un engagement pour le bien de l'humanité.

Voix bouddhistes - Chacun d'eux, lorsqu'il devient un bouddha, atteint-il l'omniscience ?

Vén. Dhammaratana - Non. La qualité d'omniscience ne s'applique qu'aux parfaits bouddha. Pas aux bodhisattva, ni aux arahant, ni aux sravaka.

 
       
       
       
       
Durant les quatre derniers eons il y a eu quatre parfaits bouddhas : Kakusandha, Konagamana, Kassapa, Gotama. Gotama est le quatrième. Le cinquième est Metteya (sanskrit Maitreya), le bouddha du futur. Tous ont la qualité d'omniscience.  

Voix bouddhistes - Que signifie exactement parfait bouddha ?

Vén. Dhammaratana - Les textes pali disent : " Araham samma sambuddho. " Un bouddha parfait, c'est déjà un arahant, c'est déjà un bodhisattva, c'est un être éveillé. Sans devenir un arahant, sans devenir un bodhisattva, sans devenir un être éveillé, il ne peut pas devenir un bouddha parfait.

Voix bouddhistes - En dehors de Sakyamuni (sanskrit Sakyamuni), le Bouddha historique, quels sont les autres bouddha parfaits ?

Vén. Dhammaratana - Il y a des milliers de bouddhas dans cet univers. Durant les quatre derniers eons il y a eu quatre bouddhas : Kakusandha, Konagamana, Kassapa, Gotama (sanskrit Krakuccandra, Kanakumuni, Kasyapa, Gautama). Gotama est le quatrième. Le cinquième est Metteya (sanskrit Maitreya). Tous ont la qualité d'omniscience.

Voix bouddhistes - Metteya est souvent mentionné dans le mahayana et le vajrayana, il fait donc également partie du theravada ?

Vén. Dhammaratana - Oui, et il est omniscient. Il est un parfait bouddha.

Voix bouddhistes - Metteya signifie " amour ", il est souvent qualifié de " bouddha du futur ". Quand sa manifestation terrestre aura-t-elle lieu ?

Vén. Dhammaratana - Il viendra au terme d'une période de 5000 ans, le Kalpa Vinassa, après le bouddha Sakyamuni. La moitié de cette période est déjà écoulée. Après cette période, le monde humain disparaîtra, et le monde suivant sera celui du bouddha Metteya. Ceci non seulement selon la tradition theravada, mais selon toutes les traditions ; c'est un enseignement de base.

 
       
       
       
(*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France
 
 
 
 

Information sur les livres présentés lors de cette émission

Les ouvrages mentionnés peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé.
Il suffit d'activer le lien correspondant.

 
 

Paix des âmes, paix des cœurs
Dialogue avec les prix nobel de la paix
Le Dalaï-Lama
Presses du Chatelet

 

 

A l'heure où les libertés les plus élémentaires sont bafouées dans tant de pays, où de nouveaux conflits surgissent qui déplacent les populations, séparant les familles et provoquant la famine, comment agir pour que soit respecté l'être humain, quelles que soient sa couleur de peau, sa religion ou sa culture ? Comment agir pour la paix des âmes et celle des cœurs ?

Les 5 et 6 novembre 1998, à l'université de Virginie, huit Prix Nobel de la Paix se sont réunis autour de S.S. le Dalaï-Lama pour évoquer les moyens de favoriser la paix dans le monde.

Au fil des débats, le Dalaï-Lama a insisté sur la vanité de toute violence et appelé au "désarmement intérieur". Dans un univers où les intérêts et le bien-être de tous les humains sont intimement fiés, les réflexes nationalistes sont dépassés, affirme-t-il. Le compromis est la seule solution, car les conflits sont inévitables. Se préoccuper du sort d'autrui est une façon d'élargir son propre horizon et d'accroître sa force morale.

Les participants à cette rencontre, par leurs réflexions et interventions, ont dressé un état des lieux des droits de l'homme dans le monde et offert une réflexion stimulante sur les grands défis qui s'offrent à nos sociétés.

Avec les contributions de : José Ramos-Horta (Timor-Oriental), Betty Wiffiams (Irlande du Nora), Rigoberta Menchu (Guatemala), Monseigneur Desmond Tutu (Afrique du Sud), Oscar Allas Sanchez (Costa-Rica), Aung San Suu Kyi (Birmanie), Bobby Muller, Jody Williams (Etats-Unis) et de S.S. le Dalaï-Lama (Tibet).

Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Ricard.

"On ne peut venir en aide à son adversaire
qu'en allant à lui les bras grands ouverts,
avec un désir de trêve et d'amour.
Reporter la faute sur son voisin
ou se blâmer soi-même est vain.
Tel est l'enseignement de cet ouvrage."
Thich Nhat Hanh

" Un festin d'intelligence et d'humanité. "
Today's Librarian

Commander cet ouvrage

Paix des âmes, paix des coeurs
 
 
 

J'ai connu leTibet libre
Thoupten Phuntshog
Ecrit en collaboration avec Jean-Philippe Caudron
Grasset

 

"J'ai fui le Tibet en 1959 et je n'oublierai jamais les jeunes Chinois en vareuse triste occupant Lhassa et torturant les nôtres. J'ai vu dans leur regard la violence, l'incompréhension, et les fusils dans leurs mains. Mon maître et moi nous avons fui des jours et des nuits dans les montagnes sacrées qui jusqu'alors nous protégeaient. Et nous avons vu s'éloigner à jamais notre pays tant aimé : le Tibet.
J'ai aujourd'hui 78 ans, et je vis en France depuis ces années lointaines. Je n'ai rien oublié. Il est vrai que j'ai toujours eu une grande mémoire des faits, des gestes, des détails. Et je veux dire aux jeunes générations, à tous ceux qu'intéresse le bouddhisme, ce que fut ce continent englouti, mon pays. Ce que je raconte dans ces pages, je l'ai vu de mes yeux ou je le sais de première main. Je n'omets rien : ni les monastères gigantesques, ni l'aristocratie tibétaine et ses coutumes, ni la ferveur de notre peuple, ni son ignorance du monde extérieur, ni le nomadisme, ni le servage, ni la polyandrie. Je dis les choses telles qu'elles étaient alors - magnifiques, différentes, libres. Et j'espère qu'ainsi, par ce témoignage, mon pays demeurera dans les combats et la mémoire des hommes."

Thoupten Phuntshog, moine bouddhiste né au Tibet en 1923, a fui son pays en 1959, avec son maître Dagpo Rimpotché. Il a longtemps travaillé comme documentaliste à Electricité de France.

Jean-Philippe Caudron a écrit Tempérer la douleur du monde avec le professeur Gentilini (Bayard, 1996), La Révolution de la longévité, avec le professeur Françoise Forette (Grasset, 1997), et Le Lama venu du Tibet, avec Dagpo Rimpotché (Grasset, 1998).

Commander cet ouvrage

J'ai connu le Tibet libre
 
 
 

Sambodhi
Bulletin
Pagode du Bourget

 

Bulletin du Centre Bouddhique International du Bourget

Ouvrage non-disponible à la commande en ligne

Sambodhi
 
 
 
© Union Bouddhiste de France 2001