Emission Voix Bouddhistes
du 14 Octobre 2001
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![]() Gilles Schneider - Photo : © Ph. Lelluch |
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L'émission de cette semaine est consacrée au thème des médias : la place qu'ils occupent aujourd'hui dans les sociétés occidentales et leur évolution, la médiatisation du bouddhisme et ce que les médias peuvent apporter dans le domaine de la connaissance de soi. Pour répondre à ces questions, Voix Bouddhistes reçoit Dominique Avron, professeur d'études cinématographiques et audiovisuelles à la Faculté des Arts de l'Université de Picardie Jules Verne, pratiquant bouddhiste dans la tradition Kagyupa du bouddhisme tibétain, et Gilles Schneider, actuellement directeur des antennes et de l'information du groupe RFI et qui a derrière lui une longue carrière de journaliste. Dans l'interview réalisée pour le site, ils poursuivent leur dialogue en abordant notamment les thèmes du caractère intime et non-événementiel de la pratique spirituelle ainsi que de l'apparition de l'internet dans le monde des médias.
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Le journaliste a simplement la connaissance de ce que vous ne connaissez pas. Une fois qu'il vous l'a donnée, c'est fini. On est à égalité. |
Voix bouddhistes - Le journalisme n'existait pas à l'époque du Bouddha... Gilles Schneider - Le porteur de nouvelles, il y en a toujours eu dans tous les villages. Dans tous les groupes d'hommes, on a fait du journalisme, on allait raconter ce qui se passait chez le voisin. On ne peut pas vivre sans savoir dans quel environnement on est. Dominique Avron - Cela prenait des formes différentes qui n'étaient pas médiatisées, davantage à l'échelle humaine, comme par exemple l'artiste qui allait de village en village. Gilles Schneider - Oui effectivement : l'artiste qui allait de village en village, le commerçant qui se déplaçait et qui racontait ce qui se passait à travers le pays ou les pays Ce qui les "starisait aussi" : quand ils descendaient dans une auberge, tout le monde les regardait parce que c'était les gens qui venaient d'ailleurs, qui avaient vu et qui avaient la connaissance. Car qu'est-ce que le journaliste a de plus que les autres, à priori
? Il a la connaissance de ce que vous ne connaissez pas. Et une fois qu'il
vous l'a donnée c'est fini, on est à égalité. |
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| Quand les journalistes nous présentent la situation du monde, on est dans le relatif. Mais on a besoin de ce relatif. |
Voix bouddhistes - Il a une connaissance, mais une connaissance événementielle. Alors que ce qui est du monde de la spiritualité est souvent an-historique, non-événementiel Dominique Avron - Oui et non. Il y a tout un côté événementiel dans la vie de Jésus par exemple. Il y a un niveau relatif et un niveau ultime, on ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas ces deux niveaux. Quand les journalistes nous présentent la situation du monde, on est dans le relatif, mais on a besoin de ce relatif. On ne peut pas faire comme si on était désincarné, comme si on était tout le temps en méditation. |
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Pénétrer l'intimité de quelqu'un, surtout si cette personne n'est pas au courant, c'est impensable. |
Voix bouddhistes - Le journalisme est-il approprié pour ce qui touche le domaine de l'intimité ? C'est une question d'actualité avec le phénomène " Loft story " Et peut-il toucher cette dimension beaucoup moins événementielle et plus intime du bouddhisme et de la pratique ? Gilles Schneider - Non, je ne crois pas. Je pense qu'on peut tout montrer, tout raconter, tout voir, mais avec des formes. C'est la seule restriction du respect des autres. Pénétrer l'intimité de quelqu'un, surtout si cette personne n'est pas au courant, c'est impensable. Certes il y a des gens qui le font. Il y a les paparazzi ; il y a aussi des gens qui écoutent aux portes ! Ce n'est pas bien, on ne peut pas chercher l'information par tous les moyens. Loft story par exemple est un phénomène de média qui n'a rien à voir avec le journalisme. Sauf que la presse a réagi en racontant d'abord les faits, en voyant l'aspect sociologique, en voyant le pour et le contre, si les politiques réagissaient, (on a vu d'ailleurs qu'ils ne réagissaient pas beaucoup), en voyant l'aspect économique que cela pouvait avoir concernant les chaînes, etc Après on peut se poser des questions, par exemple que deviendront les gens qui ont participé à cette émission ? On peut rencontrer des gens qui ont déjà fait ce genre d'émission en Hollande ! Ca c'est le rôle du journalisme. Il réagit sur un événement. Voix bouddhistes - C'est du " Making-of" ? Gilles Schneider - Oui, toujours. |
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| Lorsque vous vous livrez à un journaliste, vous acceptez de vous livrer. Il faut que la confiance soit établie au départ. |
Voix bouddhistes - Cela pose une réelle difficulté : les journalistes ont besoin d'autonomie. Lorsqu'ils font un papier, ils sont souvent très exigeants au niveau de leur indépendance. Certains refusent par exemple de communiquer leur papier à l'interviewé. Alors que justement lorsqu'on parle d'intimité, vous venez de dire qu'il fallait la respecter. Comment peut-on concilier cette autonomie du journalisme et son respect de l'intimité ? Est-ce possible ? Gilles Schneider - Bien sûr, c'est possible. Si on ne veut pas communiquer son papier à l'intéressé, c'est parce que la personne qui vient de témoigner a déjà raconté son aventure à d'autres. Soumise à certaines pressions de sa famille, de conseillers, cette personne peut revenir sur ce qu'elle a dit si elle le relit. Voix bouddhistes - Oui, mais le montage peut aussi transformer ce qui a été dit. Gilles Schneider - Oui, mais là c'est une question d'honnêteté. On vient de terminer l'enregistrement d'une émission ensemble, c'est certainement trop long et on peut raccourcir. Je pense que quand on verra cette émission achevée, l'honnêteté de l'équipe qui a fait cette émission nous permettra de constater qu'il n'y a pas tout, mais qu'en gros on a respecté notre esprit, ce qu'on a voulu dire. Ce qui serait malhonnête ce serait par exemple en se servant du son de cet enregistrement de nous faire raconter une histoire drôle alors qu'on vient de parler de choses plutôt sérieuses. Voix bouddhistes - Cela signifie quand même par exemple que si quelqu'un témoigne de quelque chose d'intime, il faut qu'il fasse attention à ne pas tomber sur un paparazzi, sinon on peut lui faire dire n'importe quoi. Gilles Schneider - Lorsque vous vous livrez, vous acceptez de vous livrer... Voix bouddhistes - Il y a un problème de confiance alors. Gilles Schneider - Oui, il faut que la confiance soit établie au départ. |
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| Si l'émission que avez regardée le permet, ce qui est formidable c'est de pouvoir continuer sur internet. |
Voix bouddhistes - Pensez-vous que l'image sur Internet va se développer ? Est-ce que cela peut-être intéressant pour le bouddhisme ? Dominique Avron - Je ne suis pas assez l'actualité pour savoir dans quel sens cela va aller, surtout qu'on voit que les premières télévisions sur internet ont du mal à démarrer. Il faut voir la limite du média en question. Il va transmettre de l'information mais n'amènera pas les gens à l'éveil. C'est toujours un peu dangereux de vouloir donner aux medias d'autres fonctions que celles qu'ils ont. Gilles Schneider - Je pense que l'image sur Internet est un accompagnement, un plus. Il ne faut pas qu'Internet devienne un diffuseur supplémentaire de télévision. Je crois qu'Internet à une fonction extraordinaire à jouer de complémentarité avec les médias (presse écrite, radio , télévision). Vous voyez une émission, vous réagissez, vous avez envie de continuer, vous restez sur votre faim Si le vecteur sur lequel vous avez regardé l'émission a un site Internet, ce qui formidable c'est de pouvoir continuer, d'abord en interactif pour dialoguer avec ceux qui ont fait cette émission, et puis peut-être aussi continuer la discussion. Parce qu'Internet n'est pas limité dans le temps. Et il n'y a pas de rendez-vous. Je peux manquer une émission de télévision et oublier de l'enregistrer, mais je peux toujours aller sur Internet. Et Internet permet d'être au courant de tout ce qui se passe en matière d'infos à travers le monde, avec ce paradoxe : on peut très bien dialoguer avec une personne qui est à 10 000 kms de soi et malheureusement dans notre société ignorer superbement son voisin de palier. Avec lequel on aura peut-être le coup de pot de tomber un jour sur Internet et d'échanger un email. Voix bouddhistes - Il faut donc continuer à travailler sur le développement du site internet des émissions ! Gilles Schneider - En complémentarité ! |
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| (*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France | |||
| © Union Bouddhiste de France 2001 | |||||||||
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