Emission Voix Bouddhistes
du 22 Juillet 2001
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Le thème de la guérison est très présent dans le bouddhisme. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer combien souvent, dans toutes les traditions, le Bouddha Shakyamuni est comparé au médecin. Mais plus qu'au médecin du corps, c'est au médecin de l'esprit que ces textes renvoient. La maladie de l'esprit, c'est celle de la fixation sur les points de vue et les opinions, et l'impossibilité de s'en libérer. En toute bonne foi... Les projections du mental nous coupent de la réalité, sans même que nous nous en rendions compte. C'est le moteur de l'ignorance, alimentée par nos peurs, qui se déguise en savant et en l'avocat de ses propres pièges. Pour parler de ce thème central de la guérison de l'esprit, Voix Bouddhistes reçoit cette semaine Jean-Pierre Faure. Disciple de Taisen Deshimaru, de formation scientifique, il dirige actuellement le temple Zen de la Gendronnière. Dans l'interview réalisée pour le site, il revient sur l'articulation entre "l'esprit qui sait" et "l'esprit qui ne sait pas" et son rôle dans le processus de guérison en s'appuyant sur son propre parcours.
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De chercheur en physique
étudiant les résonnances magnétiques nucléaires, je suis devenu moine
étudiant l'esprit.
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Voix bouddhistes - En quelques mots, peux-tu nous en dire davantage sur ton parcours scientifique ? Jean-Pierre Faure - J'étais chercheur en physique et enseignant à la fac. J'ai travaillé à Grenoble sur les résonances magnétiques nucléaires. L'outil de résonances magnétiques devait nous faire comprendre ce qu'était le vivant. Au bout de quelques années, on s'est aperçu que notre outil n'était pas vraiment au point. C'était un laboratoire "vertical" dans lequel il y avait des mathématiciens, des physiciens, des chimistes, des biologistes et bien sûr chacun est retourné travailler dans son coin. L'idée c'était d'étudier le mouvement des chaînes en sachant que ces chaines prennent des conformations passagères et qu'elles acquièrent à ce moment-là des fonctions chimiques. Des fonctions de digestion et de respiration qui pensait-on, sont liées au mouvement. Je me suis engagé là-dedans puis je suis parti à l'étranger. Quand je suis revenu, j'ai fait de la microscopie électronique. Mais aujourd'hui je suis moine c'est à dire que
j'étudie l'esprit. |
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Au niveau de la communication, la formation scientifique est une bonne chose. Dans le rapport à l'autre, elle aide à tenir compte de lui et à l'écouter. |
Voix bouddhistes - Quel bilan tires-tu de cette formation ? Jean-Pierre Faure - Au départ je souhaitais être musicien ou peintre. J'avais davantage de dons dans ces domaines. Mais mon père était très attaché au mental, à l'intellect, il m'a poussé un peu contre ma volonté. J'ai fait ça un peu par dépit, pour lui montrer, et je ne le regrette pas. J'ai appris, c'est une très bonne formation. J'ai bien conscience que le fonctionnement profond du cerveau n'est pas discursif, n'est pas linéaire. Il est plutôt agglutinant (la prochaine génération d'ordinateurs se rapprochera de ce fonctionnement !), donc au niveau de l'expérience personnelle ce n'est pas très bon d'être comme ça. Mais au niveau de la communication, c'est important d'avoir une expression
claire, d'avoir un cadre, de retenir. Dans un rapport moral, éthique,
dans le rapport à l'autre, c'est une bonne chose de savoir ce que
l'on raconte, de tenir compte de l'écoute de l'autre. |
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Il faut avoir une pensée qui provient d'une immersion dans la réalité sans à-priori, sans idée quelconque, vierge de tout. Et ensuite revenir auprès de ses semblables et formuler. |
Voix bouddhistes - L'important est de savoir faire la part des choses entre les voies intellectuelles et la pratique, et non pas de les placer en opposition ? Jean-Pierre Faure - Je fais souvent référence à l'expérience d'Einstein. Quand la physique à une certaine époque (ce que l'on appelle la catastrophe de l'ultra-violet) rencontre un dernier petit problème, tout le monde croit que la physique est finie et qu'il faut terminer ce petit truc. Einstein n'essaye pas de bricoler avec les concepts du moment de la mécanique classique. Il se retire, prend une année sabbatique et prend conscience que le temps et l'espace sont liés, que l'énergie et la matière sont liées. Par l'intuition, le cerveau droit. Ensuite il retourne vers ses collègues et couche sur le papier sa théorie. C'est la formulation, le cerveau gauche. Les deux se nourrissent. Il faut avoir une pensée qui provient
d'une immersion dans la réalité sans à-priori, sans
idée quelconque, vierge de tout. Et ensuite revenir auprès
de ses semblables et formuler. |
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Il y a la sagesse étroite qu'on trouve dans les dogmes. Et il y a la sagesse profonde qui est de répondre à une situation quelle qu'elle soit sans aller chercher dans sa mémoire. |
Voix bouddhistes - Tu dis que souvent on abuse de l'éveil, souvent on croit être dans la réalité alors qu'on est dans l'illusion. Cela pose une question de fond : comment faire la différence ? Jean-Pierre Faure - Soi-même on ne fait pas la différence. Mais quand tu es vraiment éveillé, les autres le voient ! A travers les résultats Si tu prends une voiture et que tu dors tu te plantes. Si tu es éveillé, tu arrives à bon port, sans fatigue et sans avoir causé d'accident. Mais ça tu ne le sais pas ! C'est pareil pour quelqu'un qui est juste sage, éveillé ou compassionné. Eveillé c'est être en prise directe avec tout ce qui l'entoure. Et agir en adéquation avec ce qui l'entoure, c'est l'aspect de la pensée et de la non-pensée. Il y a l'aspect de la sagesse étroite, qu'on trouve dans les bouquins, dans les dogmes. Et il y a la sagesse profonde, absolue, éternelle, qui est de répondre à une situation quelle qu'elle soit sans aller chercher dans sa mémoire. Elle est immédiate, c'est la sagesse du vivant. Tu roules à 200 à l'heure, tu te mets sur deux roues, certaines
personnes lâchent le volant. D'autres se remettent. Ils ont fait
preuve de sagesse, une sagesse qui n'est pas passée par le cerveau
frontal. |
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L'éveil est à faire éternellement, comme la respiration. L'expiration c'est l'abandon de tout point de vue. A l'inspiration, un point de vue apparaît. Il y a éveil quand sur une conscience infiniment vaste, tu vois quelque chose que tu n'avais jamais vu. |
Voix bouddhistes - Soi-même on ne fait pas la différence, mais le pratiquant peut être tenté de se dire qu'il se sent bien dans sa pratique et qu'il devient sage ! Jean-Pierre Faure - Là tu peux être sûr que tu te plantes ! C'est un très bon indicateur ! Dans le zen les maîtres disent : "Considérez que nous sommes à mi-chemin". L'éveil dont je parle est à faire éternellement, comme la respiration ! L'expiration c'est l'abandon de tout point de vue. L'inspiration, un point de vue apparaît. Il y a éveil quand sur une conscience infiniment vaste, tu vois quelque chose que tu n'avais jamais vu ! Comment voir un nuage quand tu es toujours dans les nuages ? Tu peux le voir quand il se découpe sur le ciel bleu. Cela demande d'aller dans une dimension où la conscience devient infinie. Pour voir des choses profondes, vastes, dans lesquelles on est en permanence. C'est ça l'éveil. |
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| (*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France | |||
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Information sur les livres présentés lors de cette émission Les ouvrages mentionnés
peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé. |
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La Voie du Bodhisattva
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L'ABCdaire du Bouddhisme |
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Soyez Zen au XXIème siècle |
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Rétablir l'âme dans son pouvoir grâce
à la Méditation |
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