Emission Voix Bouddhistes
du 4 Février 2001
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Odon Vallet - Photo : © Ph. Lelluch |
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Odon Vallet est Docteur en droit et en sciences des religions. Ecrivain, il enseigne à la Sorbonne. Dans cette émission, il aborde dans le détail la notion de mérite. Dans l'interview de la semaine réalisée pour le site internet, il replace également la notion de mérite dans ses liens avec celle de sagesse.
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Une morale relative
à la situation, aux personnes et aux circonstances. Pas une morale dogmatique
qui voudrait trancher le bien et le mal sans tenir compte du contexte.
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Voix bouddhistes - Odon Vallet, dans cette émission le mérite a été abordé en tant que tel, alors que traditionnellement on relie mérite et sagesse... Odon Vallet - Le mérite (punya) c'est en sanskrit quelque chose de favorable. Quelque chose d'heureux. Quelque chose qui va apporter du bonheur, de la chance aussi. Ce mérite s'obtient par divers procédés, qui vont relever essentiellement de le vertu, de la privation, puisque finalement pour faire des dons, on va se priver de quelque chose. Et pour obtenir plus de vertu, on va renoncer à certains plaisirs, à certaines habitudes, à certaines dépendances. La sagesse relève davantage de l'expérience, de la compréhension profonde des limites de l'homme, et de la nécessité d'apporter en toute chose une réponse mesurée. Vous remarquerez que dans le bouddhisme en général, notamment dans le theravada, le critère premier d'autorité c'est l'âge. C'est à dire que les moines les plus âgés sont les vénérables et sont en général à la tête des monastères. C'est probablement pour éviter d'ailleurs un peu l'ambition des plusjeunes. C'est aussi pour tenir compte du fait que le critère numéro un de sagesse va être la comparaison d'une situation à une autre, pour pouvoir avoir constamment une morale relative à la situation, relative aux personnes, relative aux circonstances, et jamais une morale dogmatique qui voudrait trancher le bien et le mal sans tenir compte du contexte. |
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| La sagesse est constamment une acceptation des limites humaines et des compromis nécessaires pour arriver à une certaine harmonie morale. |
Odon Vallet - Je crois que c'est ça qui est essentiel vraiment dans cette sagesse et qui explique d'ailleurs probablement le succès du Dalaï-Lama en Occident. C'est qu'il va relier un enseignement à des circonstances, à des précédents, et jamais vouloir définir une vérité morale qui serait valable en tout temps et en tout lieu, et qui serait alors une recherche à tout prix du mérite. Ca a pu exister cette tentation d'ailleurs, notamment dans le bouddhisme primitif, mais il y a en définitive une relative modération qui s'est développée dans la recherche du mérite et c'est une sagesse. D'ailleurs très curieusement dans le monachisme chrétien c'est pareil, notamment dans l'ordre des bénédictins, il y a une certaine sagesse faite de modération morale qui s'est développée en réaction contre les excès de l'ascèse. Et en Inde il y a eu le même problème puisque le jaïnisme est une religion beaucoup plus ascétique qui va refuser par exemple tous les aliments carnés et un très grand nombre de produits alors que le bouddhisme est plus modéré. Contrairement à ce qu'on croit souvent, le bouddhisme n'est pas systématiquement végétarien et même dans certaines écoles les moines peuvent tout à fait manger de la viande. L'ascèse est modérée, et je crois que la sagesse est constamment une acceptation des limites humaines et des compromis nécessaires pour arriver à une certaine harmonie morale. Le tantrisme arrive au même résultat par d'autres voies, puisque le tantrisme va développer une sorte de confrontation pacifique du bien et du mal, un petit peu comme dans le vaccin, il y a les anticorps qui vont s'opposer aux microbes, mais les anticorps c'est déjà un microbe inactivé. Dans le tantrisme on va confronter tout et son contraire, le masculin et le féminin, le corps et l'esprit, le sexe et la pureté, et on va faire de ce dialogue difficile une harmonie morale en apprivoisant le mal comme un vaccin inactive le mal. |
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| Incontestablement la méditation demeure la source de sagesse première... |
Voix bouddhistes - Dans cette émission, on a également parlé de pratique, d'accumulation de mérite. Y a-t-il certaines pratiques qui seraient davantage reliées à l'accumulation de mérite, alors que d'autres le seraient à l'accumulation de sagesse ? Ou bien retrouve-t-on ces deux aspects présents dans toute pratique ? Odon Vallet - Dans l'accumulation de mérite, il est vrai que notamment dans le theravada, les dons aux moines et aux monastères jouent un grand rôle. Certaines privations jouent un rôle. Je pense pour les moines par exemple au carême bouddhique, au fait de ne pas manger l'après-midi, etc... Voix bouddhistes - Ce sont précisément des pratiques reliées au mérite. Quelles sont celles qui sont davantage reliées à l'accumulation de sagesse ? Odon Vallet - Avant tout la méditation, dans tous les véhicules. Depuis les traditions les plus anciennes du theravada, comme on voit en Birmanie par exemple où même les laïques méditent couramment un quart d'heure / vingt minutes, même dans la vie moderne, jusqu'aux formes de bouddhisme ultérieures du type chan / zen, incontestablement la méditation demeure la source de sagesse première, de sérénité, d'harmonie intérieure, de paix, etc... Mais il y a aussi l'enseignement, la lecture, l'étude des auteurs, des textes, ... |
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| Le mérite est voie vers la sagesse quand il dispense du superflu. Mais pas quand il est privation du nécessaire. |
Voix bouddhistes - Est-ce que le mérite peut mener à la sagesse ? Odon Vallet - Pas forcément. Le mérite pour le mérite n'est peut-être pas une forme de sagesse. Il y a parfois eu, notamment dans le theravada, une tendance à faire un petit peu du mérite pour le mérite, sans tenir compte suffisamment de la dimension sagesse. C'est l'aspect ascétique, qui a pu être dans certaines traditions extrêmement développé, et qui peut faire penser dans le christianisme d'ailleurs, à ce qu'a été par exemple la Trappe ou les ordres monastiques où on a les pieds nus sans chauffage, une recherche de la pénitence un peu excessive. Donc je crois que le mérite en lui-même, surtout lorsqu'il a tendance à aller vers la privation, n'est pas une voie vers la sagesse. Le mérite est voie vers la sagesse quand il dispense du superflu. Mais pas quand il est privation du nécessaire. Alors évidemment, où passe la limite entre le nécessaire et le superflu, c'est quelque chose de très complexe. Je crois que la sagesse requiert quand même des limites dans l'héroïsme ascétique... |
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| (*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France | |||
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Information sur les livres présentés lors de cette émission Les ouvrages mentionnés
peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé. |
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Poèmes d'Orient |
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Joyau des tantra |
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Le livre des morts tibétain
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Le dict de Padma
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